…Parce que je me voyais mal faire un blog sur la musique sans vous parler d’Autechre. J’ai découvert ce groupe il y a bientôt vingt ans, avec leur album Tri Repetae. Je me souviens de ce jour comme si c’était hier. Mike Palace et moi-même étions à la FNAC. A l’époque, l’écoute à la demande ne passait pas par une borne automatisée : on donnait le CD que l’on voulait écouter à un vendeur qui le déballait, le mettait dans une platine et vous donnait un numéro de borne d’écoute. On pouvait feuilleter le livret, on avait l’objet en main, c’était magique. Et le mec reprenait les CDs qu’on ne voulait pas, pour les remettre sous plastique et en rayon. C’était un travail ingrat, mais il le faisait pour l’amour de la musique. Non, je déconne, il détestait ça et il détestait encore plus les connards clients qui lui demandaient déjà d’écouter tout le temps la même chose.

Bref, nous étions donc là, et j’étais intrigué par cet album à la pochette si singulière et au nom imprononçable. Lorsque les premières notes de Dael sonnèrent dans mes oreilles, je savais que quelque chose de spécial se passait. Je me souviens encore dire à Mike, pendant qu’il me pressait pour rentrer : « Attends mec, je suis en train d’écouter un truc hallucinant ».

Ce ne fut que plusieurs années plus tard que je découvrais Amber. A la première écoute, on peut trouver l’album un peu simpliste, voire « facile », mais il faut prendre cette oeuvre comme un ensemble. Comme à l’habitude avec Autechre, il faut savoir appuyer sur Play, et se laisser emporter dans un voyage parfois un peu chaotique, mais qui ne vous laisse jamais indifférent. Vingt ans après, j’écoute Tri Repetae et je découvre de nouvelles choses. De nouvelles sonorités, de nouvelles combinaisons de sons. C’est la même chose avec Amber, mais cet album agit en plus comme un catalyseur d’émotions. Une espèce de machine à mettre en réverbération ses propres pensées. Après tout, Autechre le disaient eux-même : ils décrivent un espace mental.

L’ouverture d’Amber se fait avec Foil, un morceau pesant, imposant. Un pad, une rythmique simple, et de la reverb à en revendre. Nous sommes loin de ce que le duo de Manchester nous proposera quelques années plus tard, avec des pistes extrêmements complexes, à la limite du bruit organisé.

Et c’est là toute la puissance d’Amber : musicalement, c’est un album simple, facile à écouter, mais qui fait preuve d’une magie envoutante, comme le pendule d’un hypnotiseur. On se laisse bercer par ces rythmiques qui roulent toutes seules, et ces mélodies qui excitent les bons neurones pour induire un rêve éveillé. Certains morceaux pourraient faire partie de la bande originale du film de notre propre imaginaire (Silverside, Glitch, Further), pendant que d’autres ne souhaitent que nous accompagner dans des songes les plus cotonneux (Yulquen). L’album se conclut sur un morceau aussi pesant que son ouverture : une attente de ce tournant de siècle inévitable, partagé entre cette envie folle de dépasser tout ce qui existe grâce aux nouvelles technologies, et cette volonté de vouloir rester dans le royaume de l’imaginaire et du mental.

Amber est pour moi un album indispensable et une introduction parfaite pour découvrir la discographie d’Autechre. Cet opus est intemporel : ultra-futuriste il y a vingt ans, il est transcendé aujourd’hui, et sera toujours écouté dans trente ans.