Mon premier contact avec Brothomstates date du milieu des années 90. A l’époque jeune artiste de la démoscene, il se faisait appeler Dune. Sous l’égide du groupe Orange, il signa des morceaux qui m’ont marqué à vie, tels que Zzzbla, K, ou encore Makako (Super Television). A l’époque, il fallait s’armer d’ingéniosité pour dépasser les limites des pauvres machines que nous utilisions, et la démoscene faisait exactement cela. Ce que j’admirais chez Dune, c’était son côté unique. Il n’imitait personne, et ne cherchait à impressionner que lui-même.

Quelques années plus tard, il se faisait remarquer par le label chez qui il était une évidence qu’il signe : Warp Records. S’en suit une première collaboration sous le nom de Brothomstates avec Qtio, avant de sortir Claro, un LP où se mélangent anciens titres et nouveautés.

Ce qui frappe chez Brothomstates, c’est sa capacité à savoir jongler avec la déstructuration. La destruction des rythmiques fait partie de sa musique, et l’exemple le plus frappant se trouve dans Brothomstates Ipxen. Cette piste semble maladroite au début, par la rigidité de son beat, et ce hi-hat complètement convenu. Mais quelque chose se produit au milieu du morceau, et le chaos qui s’en suit en devient presque évident. Mais qui veut dire chaotique ne sous-entend pas forcément lourd ou âpre. Car il réside dans la musique de Brothomstates une forme de légèreté et de fragilité sous-jacente à ce côté brut et déstructuré. Les rythmiques les plus rêches sont souvent portées par des mélodies très simples et des synthés glaciaux. Il en résulte un équilibre terriblement efficace.

Le premier quart de l’album se conclut avec Kava. C’est pour moi le morceau le plus représentatif de l’oeuvre de Brothomstates, avec une présence, une retenue et une maîtrise dans l’exécution qui fait de cet album une oeuvre incontournable pour qui veut découvrir cet artiste (ou l’IDM en général). Etrangement, le morceau fait écho au reste de l’album avec une rythmique et une mélodie qui restent constants tout le long. Mais la magie de Kava réside dans l’arrière plan, dans tous ces sons qui passent inaperçus à la première écoute et qui ont pourtant toute leur importance.

Au milieu de l’opus trône Mdrmx, pierre angulaire de l’album. Cette piste est comme un joyaux taillé, cerné d’or finement ciselé. Ici, tout est volupté, et seule cette rythmique bruitiste vient chercher à contrer cette beauté ingénue, tout en restant retenue. Le résultat est un équilibre parfait.

La seule et unique chose qui pourrait être reprochée à Claro est un léger manque de continuité dans l’ensemble. Chacun des morceaux qui le compose possède sa vie propre et se suffit à lui-même. Au final ces pistes ne suivent pas forcément de fil conducteur. Mais ce n’est pas grave, car Brothomstates nous convie à découvrir autant d’univers qu’il y a d’idées dans son esprit. Et l’invitation est impossible à refuser.