S’il y a bien une chose formidable qui se dessine en cherchant à écrire des articles pour ce blog, c’est que cela m’oblige à replonger dans mon passé pour découvrir à nouveau des choses à vous faire écouter. Cela devait bien faire trois ans que je n’avais pas prêté l’oreille à We Are Desolved, et ce temps aura servi à me rendre compte à quel point cet EP de Muhr est agréable.

We Are Desolved est la première sortie du label Serein. Le nom vient d’un dictionnaire météorologique, et décrit « une pluie fine qui tombe après le couché de soleil ». Étrangement, ce premier EP, sorti en 2005, me fait plutôt pensé à une aube froide. Quoiqu’il en soit, tôt ou tard, le soleil caresse l’horizon, et c’est illuminé d’une lumière chaude que nous découvrons les premières notes d’une boîte à musique somme toute simple, mais qui n’a d’autre but que de nous tirer d’un songe. Il est tôt, très tôt. Et il est temps de se réveiller.

Le coeur de l’album réside en Grey Mountain. Ce morceau respire la froideur d’un soleil levant sur Montréal. Au delà du chaos émergeant de la ville qui s’éveille doucement, ces petites notes de bruit blanc qui accompagnent le morceau me font penser aux doux craquement de la neige sous les pieds. Nous pourrions être n’importe où, à condition que la température soit en dessous de zéro. Que ce soit dans le vide Sibérien, les montagnes de l’Utah, ou une forêt Canadienne, l’important est d’être habillé chaudement et de penser à se réchauffer, adossé à une pierre rendue douce par la chaleur d’une cheminée.

L’intro de September Dies me fait furieusement penser à The Way I Think de Pherplexer. Cette harpe 8 bit, effleurée par ce qu’il faut de résonance carrée, et qui sonne à contre temps en suivant le balancement d’une rame de métro imaginaire. On s’envole, mais les nuages que nous traversons sont chargés d’humidité. Serein. Le voyage n’est que de courte durée, mais nous avons pourtant parcouru des centaines de kilomètres.

C’est ce que j’aime chez Muhr. Il réside dans sa musique la volonté de vouloir nous faire découvrir son âme, mais jamais ouvertement. Par timidité, peur de l’échec, ou crainte du jugement, il nous présente son oeuvre derrière un voile. Et comme porté par le vent, nous devons nous contenter de composer avec les lumières que nous apercevons à chaque flottement de ce dernier. On pourrait croire que c’est une chose négative, et pourtant, cela nous permet de nous imaginer ce qui se câche derrière. Doucement, les flocons tombent, et ils nous laissent deviner la forme invisible qu’ils recouvrent.

Le soleil finit de se lever sur Dust (We Are Desolved), et alors que nous allions enfin pouvoir voir ce que Muhr cherchait à nous montrer, nous voilà éblouit. Des rayons ambre viennent nous frapper, nous obligeant à plisser les yeux. Au final, nous ne verrons jamais distinctement ce que nous devions voir, mais qu’importe. Il nous reste le souvenir de ce que nous avons aperçu, et nous sommes maintenant éveillés. L’air est toujours aussi froid, mais ces rayons sont plein d’énergie. Il ne reste que notre sourire, et cette brume qui se dégage de notre bouche à chaque expiration exaltée.

Au final il n’y a pas de prouesse technique, pas de volonté malsaine de vouloir nous perdre pour mieux nous rattraper. Mais Muhr nous amène à l’essentiel : un voyage simple, carressé par le vent et la lumière. On en voudrait encore, mais la journée doit se poursuivre. Heureusement, le souvenir du réveil va nous accompagner tout le long, et la beauté d’un sourire que cet album nous invite a savourer n’a d’égal que la pureté de la neige qu’il nous aura fait goûter.

We Are Desolved est disponible en téléchargement direct sur la page internet de Serein.