J’avoue ne pas me souvenir comment je suis tombé sur cet album. Ni quand, d’ailleurs. Etait-ce en 1994 ou en 2048 ? Dans les rues de Chinatown ou en plein Paris ? Tout ce que je sais, c’est qu’un jour est arrivé une cassette audio dans mon courrier, emballée dans un carton noir et scéllée par un sticker brillant. Je me pressais d’insérer ce média oublié dans une platine poussiéreuse, et j’appuyais sur Play.

Après quelques secondes de silence, nous sommes accueillis par Tilt Shift. Etrangement, l’ouverture de Lucitania me fait penser à une musique oubliée de Jack Burton, avec cette voix improbable qui nous dit « You can read along in your book… ». Trois minutes d’anachronisme, teinté d’un accordéon qui semble venu de nulle part.

Mais cette introduction fait vite place au vif du sujet : un album maîtrisé, avec des synthés qui transpirent la bande-son d’un voyageur perdu sur une autoroute pluvieuse. Les lumières défilent, et font scintiller les gouttes d’eau de manière synchrone, comme autant de minuscules gyrophares. Futuriste, donc, mais sans jamais oublier ses racines. Au détour de deux arpèges, Prismweaver nous rappèle qu’un bon synthétiseur sait s’imposer sur la mélodie, et vient nous porter avec une attaque lente mais précise. Il est accompagné d’un rythme disco et de lasers qui je suis sûr rendraient fière Diana Ross.

Mais Lucitania sait aussi surfer sur la vague du « Neo-retro », avec Cloudspinner ou Lucitania, qui auraient pû être les morceaux d’introduction d’un F-Zéro abandonné et retrouvé dans un carton poussiéreux. Décidement, encore des voitures. Lumeet nous laisse heureusement un moment sur une aire de repos le temps d’un Bloom aussi calme qu’onirique. On en profite pour repenser un peu aux kilomètres parcourus, aux paysages traversés, à toutes ces lumières hypnotiques et on se dit que cette tasse de café bien chaude posée là sur notre table est la meilleure chose qui puisse accompagner cette nuit. On s’endormirait presque, bercé une nouvelle fois par un accordéon que seule Björk aurait osé mettre là.

Mais cette pause doit finir. La caféine fait effet. Il est temps de repartir, plus vite encore. EPYX et SPCFLTS clôturent cet album. On écrit en majuscules, tout en prononçant des mots qui ne veulent rien dire. On apprend que la cocaïne remplace le sucre dans l’aire que l’on vient de quitter, mais ce n’est pas grave, car tout est super génial. Progressivement, le pied sur l’accélérateur se fait de plus en plus lourd. Mais ce n’est pas grave, car tout est super génial. On se rend compte enfin que ces lumières qui sont de plus en plus intenses ne sont pas des étoiles : ce sont des phares. Nous sommes à contre-sens, mais ce n’est pas grave, car SPCFLTS !

Au final, je me fiche de savoir quand et où j’ai pu croiser la route de Lucitania. Tout ce qui importe, c’est que le voyage en vaut la peine, à chaque fois.