J’ai eu la chance au milieu des années 2000 de voir l’explosion de la scène Dubstep. Explosion est le bon mot, car durant cette période est apparu le mouvement Brostep, plus occupé à détruire l’héritage fébrile qu’aura tenté de laissé les premiers acteurs de la scène qu’à explorer de nouveaux horizons hertziens. Cependant, à la fin de cette décénie où Skrillex s’est vu proclamé roi du monde est arrivé un extraterrestre auditif. Welcome Reality est le premier album du groupe Nero. Ayant fait ses premières armes dans la Jungle et la Drum’n’Bass, le groupe se fait vite remarquer par le Pape du mouvement Dubstep : Skream. Coup de maître pour cet album, qui s’est très rapidement hissé à la première place totalement méritée des charts UK.

Si je devais qualifier Welcome Reality avec un seul mot, ce serait « impressionant ». Dès l’ouverture, nous faisons face à une oeuvre complète, pensée comme un ensemble. A mi-chemin entre la fresque épique et le space-opera, l’album se veut grandiose dans tous ses actes. L’intro de près de trois minutes nous prépare à un décollage où la poussée qui nous colle au siège sera permanente tout le long de l’album.

Les morceaux s’enchaînent comme autant de tableaux d’une pièce de théatre au budget pharaonique. Nero maîtrise son oeuvre, et s’offre le luxe de reprendre plusieurs fois un thème au sein d’un même morceau en changeant le tympo et l’orchestration, pour nous prouver que oui, ça marche. Et oui, c’est puissant.

Le voyage commence vraiment avec My Eyes. Porté par la voix d’Alana Watson, le morceau se découpe en deux temps, avec un second mouvement totalement hypnotique. Le chant laisse place à un chuchotement qui perce les tympans pour mieux pénétrer l’âme, et nous invite à aller toujours plus loin. Car ce voyage ne s’arrêtera jamais, on le sait déjà. Tout le long des 61 minutes de l’album, les pistes s’enchaînent sans interruption. Les synthétiseurs se comportent comme des guitares, la batterie est lourde, et cette voix toujours aérienne, éternellement fuyante. Elle nous le rappelle d’ailleurs dans Innocence : « You’ll never be mine ». Elle ne sera jamais nôtre, mais nous ne seront jamais sienne.

Une autre capacité impressionante de Nero est celle de se transposer autant dans le futur que dans le passé. Ainsi, on nous apprend au début de l’album que l’année est 2808. Cependant, dès le milieu de l’album (In The Way, Scorpions) s’installe comme une nostalgie nonchalente. Nero ne s’en cache pas : leur inspiration vient tout droit des années 80 et 90. Scorpions est un exemple frappant, avec cette guitare qui ne cesse de tinter dans les aigus, et cette intro de plus de 2 minutes, qui relâche la pression sur un beat porté par un synthétiseur aussi incisif qu’il semble vieux. Ce même synthé qui évolue tout au long du morceau avant de devenir l’élément principal de ce dernier. Ce retour en arrière trouve son point culminant avec la reprise de Crush On You des Jets. Mais Nero s’approprie totalement ce tube de 1985 pour le transposer dans le futur.

Ce sentiment de puissance est présent jusqu’à la fin de l’album. La distortion qui clôture l’album dans Departure nous fait penser à des turboréacteurs qui décollent. Nero aura pris toutes nos racines des années 80 et 90, pour les embarquer dans leur vaisseau spatial et repartir à la vitesse de la lumière vers ces astres qu’eux seul connaissent. Il ne reste après leur passage qu’une terre fumante et notre envie de les rejoindre, là haut, loin, dans le futur et la lumière.